Grand Entretien : Faire rayonner le NLP francilien, de l'ENS à l'Inria
Le 25 juin dernier, la Paris NLP Pre-conference réunissait la communauté du traitement automatique des langues à l'ENS. Malgré des conditions climatiques exceptionnelles qui ont poussé l'événement à s'adapter en mode hybride, cette édition a confirmé l'effervescence de la recherche francilienne. À l'approche du second volet qui se tiendra le 21 octobre 2026 à l'Inria (Amphithéâtre Jacques-Louis Lions), nous avons rencontré Geng Mingmeng (Laboratoire Lattice), cheffe d'orchestre de ces rendez-vous stratégiques soutenus par le DIM AI4IDF.
📌 Ce qu'il faut retenir :
- Accélération de carrière : La pré-conférence offre aux doctorants et masterants franciliens un accès direct aux recherches de pointe avant les grands rassemblements internationaux comme EMNLP et NeurIPS.
- Changement d'échelle à l'Inria : Face au volume record de papiers acceptés, la session du 21 octobre inaugure une grande session de posters au Centre Inria Paris.
- Le rôle du DIM AI4IDF : Un soutien financier et institutionnel qui transforme les initiatives locales de laboratoires en institutions récurrentes du territoire.
L'Interview Intégrale
Mingmeng, l'édition du 25 juin à l'ENS s'est déroulée dans un contexte logistique particulier, marqué par une vague de canicule qui a nécessité un passage rapide à un format hybride (présentiel le matin en salle Dussane, distanciel l'après-midi). Quel bilan tirez-vous de la réactivité de la communauté, qui a tout de même mobilisé plus de 100 inscrits ?
Geng Mingmeng : Nous remercions vivement les intervenants pour leur compréhension, d'autant plus que l'ordre des présentations a été ajusté jusqu'à la veille de l'événement. Nous avons reçu de nombreux retours de la part de collègues et d'amis, et la réactivité de l'ensemble de la communauté a été remarquable. Nous comprenons parfaitement que beaucoup de personnes n'aient pas pu participer en présentiel, et le passage à un format hybride a permis d'attirer davantage d'inscriptions. Ce format a sans doute favorisé la visibilité des travaux des intervenants, mais il s'est peut-être fait au détriment des échanges entre les participants.
« Le passage à un format hybride a permis d'attirer davantage d'inscriptions et a favorisé la visibilité des travaux des intervenants. »
Le format hybride a révélé des dynamiques d'audience très précises et dépendantes du temps (time-dependent patterns) selon vos analyses. Comment cette expérience transforme-t-elle votre vision de l'accessibilité des conférences scientifiques en Île-de-France ?
Geng Mingmeng : Les résultats du questionnaire montrent que la proportion de répondants choisissant de suivre l'événement à distance augmente à mesure que celui-ci approche. Cela peut tenir au fait que l'inscription est gratuite : beaucoup attendent donc le dernier moment pour choisir leur mode de participation, en fonction de leurs contraintes.
Le mercredi 21 octobre 2026, la communauté se réunira au Centre Inria Paris au sein de l'Amphithéâtre Jacques-Louis Lions. Cette fois, l'événement monte en puissance pour accueillir les articles acceptés à EMNLP et NeurIPS. À quel point le volume de contributions attendu pour cette session d'automne surpasse-t-il les précédentes éditions ?
Geng Mingmeng : Les conférences en apprentissage automatique et en traitement automatique des langues prennent aujourd'hui une ampleur croissante et acceptent un nombre toujours plus important d'articles. Les chercheurs de la région parisienne ont ainsi, eux aussi, davantage de travaux à présenter cette année. Comme il n'est pas possible d'attribuer un créneau de présentation oral à chacun, nous avons également prévu une session de posters.
« Les conférences en apprentissage automatique et en TAL prennent une ampleur croissante. Nous avons ainsi prévu une grande session de posters à l'Inria Paris pour accueillir toutes les contributions franciliennes. »
La Paris NLP Pre-conference a la particularité de faire dialoguer des chercheurs confirmés avec de très jeunes talents (masterants, doctorants). Comment ce format de "pré-conférence" locale (en amont des grands raouts internationaux comme ACL ou EMNLP) acts-il comme un accélérateur de carrière pour la jeune garde de l'IA francilienne ?
Geng Mingmeng : Étant donné le coût désormais élevé des conférences, nombreux sont ceux qui n'y participent qu'après avoir eu un article accepté. Pour les jeunes chercheurs, l'acceptation d'un premier article peut demander du temps. Notre dispositif vise donc également à leur permettre d'accéder rapidement et de façon concentrée aux recherches de pointe.
Le Traitement Automatique des Langues (NLP) vit une transformation radicale avec l'avènement des grands modèles de langage (LLM). En voyant des initiatives comme COLM (Conference on Language Modeling) émerger juste avant votre événement, comment positionnez-vous la recherche francilienne ? Quelle est la "touche" ou la spécificité des laboratoires d'Île-de-France dans ce concert mondial ?
Geng Mingmeng : Aujourd'hui, les travaux sur les LLM sont sans doute devenus le courant dominant des conférences en TAL. Pour ma part, j'ai le sentiment que la recherche menée en France reste assez diversifiée, de nombreux laboratoires ayant leurs propres spécificités.
Pour finir, un événement comme celui-ci nécessite de fédérer plusieurs institutions, de l'ENS à l'Inria, sous une bannière commune. En quoi le soutien de structures fédératrices et de réseaux régionaux est-il le chaînon manquant pour transformer des initiatives de laboratoires en de véritables institutions scientifiques récurrentes ?
Geng Mingmeng : Il me semble que de nombreux chercheurs, et tout particulièrement les jeunes, éprouvent un réel besoin de ce type d'événement. Même lors des grandes conférences internationales, beaucoup cherchent activement à échanger avec leurs collègues basés en France. En leur permettant de se rencontrer en amont, nos événements libèrent du temps, lors des conférences, pour multiplier les échanges avec des chercheurs d'autres pays. Par ailleurs, le soutien du DIM, tant sur le plan financier qu’en matière de communication, nous permet d’organiser nos événements dans de meilleures conditions.
« En permettant aux chercheurs de se rencontrer en amont, nos événements libèrent du temps, lors des grandes conférences internationales, pour échanger avec le reste du monde. »
Interview réalisée par Khaled Benaida