Grand Angle ComPsycho’2026 | Quand les méthodes formelles décodent la psychologie : le bilan du 1er Workshop de Psychologie Informatique

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Date
24 Jul 2026

Intervenants : 

Benedikt Bollig (Directeur de recherche CNRS, LMF) et Alain Finkel (Professeur des universités, ENS Paris-Saclay, LMF). Avec les perspectives du comité d'organisation : Patrick Paroubek, Jean-Claude Martin et Nicolas Sabouret (LISN, Université Paris-Saclay).

 

Fondation d’une discipline. La convergence du réel et du calcul

Benedikt Bollig, ce premier workshop officialise l'émergence d'une discipline à la croisée des chemins : la psycho-informatique. Vous la définissez comme la mobilisation des formalismes computationnels pour modéliser, simuler et comprendre les processus psychologiques. Pour la communauté scientifique, quel manque comble cette approche que ne permettaient pas les méthodes statistiques traditionnelles de la psychologie classique ?

Les psychologues utilisent les statistiques, les probabilités, parfois des équations différentielles mais guère plus. Les modèles formels sont très peu utilisés par les psychologues. Donc notre Workshop a essayé de combler ce manque.

Alain Finkel, vos travaux historiques au LMF portent sur la vérification formelle, la théorie des automates et les systèmes à états infinis. Vous êtes parallèlement très investi dans les ponts entre sciences cognitives, apprentissage et transmission. Comment applique-t-on la rigueur mathématique des méthodes formelles, notamment habituées à traquer le bug informatique, à la psychologie humaine, qui est par nature mouvante, subjective et parfois irrationnelle ?

On travaille à lire et comprendre des théories psychologiques exprimées verbalement (stress, émotions, mémoires, conscience,...) puis à proposer des formalisations à l’aide des modèles formels de l’informatique bien connus depuis 50 ans mais peu utilisés par les psychologues.

 

Au cœur des laboratoires franciliens

Le comité d'organisation associe étroitement le LMF et le LISN. Au sein du LISN, des chercheurs comme Jean-Claude Martin et Nicolas Sabouret travaillent sur les agents virtuels et l'informatique affective, tandis que Patrick Paroubek est un expert du traitement automatique du langage (NLP). En quoi l'articulation entre l'analyse de corpus textuels (NLP) et la modélisation des émotions permet-elle à une IA d'inférer des états mentaux avec précision lors d'un dialogue homme-machine ?

Ce point a fait l’objet de la thèse de Gustave Cortal, co encadrée par Alain Finkel et Patrick Paroubek. Nous avons développé des outils pour mieux détecter les émotions dans les textes narratifs et aujourd’hui Gustave travaille maintenant dans une startup santé numérique pour détecter de façon multimodale les symptômes psychiatriques.

 

« La motivation était je pense dûe à notre perception que nous faisions quelque chose de nouveau »

 

La parenthèse "Hors-Script"

Alain, Benedikt, concevoir des modèles informatiques pour analyser l'attention, la motivation ou la cognition humaine est une tâche fascinante. Mais si l'on inverse les rôles le temps d'une question : au cours de la préparation de ce workshop, face à la montagne logistique que représente l'organisation d'une première édition, quel a été le processus psychologique (ou le moteur de motivation intrinsèque)  le plus robuste au sein de votre propre équipe ?


Nous avons constitué un comité d’organisation d’une dizaine de collègues et un groupe resserré autour de 3 doctorants et d’une équipe administrative très motivée. La motivation était je pense dûe à notre perception que nous faisions quelque chose de nouveau, que personne n’avait fait avant; cela avait un aspect excitant qui nous a soutenu quand il fallait faire des efforts. Et il l’a fallu (smilay)

 

« Nous avons pu constater que la réception dépassait même nos attentes: nous avons été surpris par la motivation et la facilité avec lesquelles certains collègues s'approprient notre démarche. »

 

Applications et impact de l’écosystème 

Pour le grand public, la psycho-informatique peut sembler abstraite. Pourtant, le dossier de ComPsycho’2026 mentionne des applications extrêmement concrètes, notamment en santé mentale computationnelle (aide au diagnostic, analyse des trajectoires de soins) et en éducation (tuteurs intelligents adaptatifs). Quels sont les retours terrain les plus prometteurs partagés lors du workshop sur ces volets appliqués ?

Les retours terrain les plus prometteurs ont été visibles lors du Workshop et des 2 ateliers que nous avons donnés après le Workshop (12 juin en présentiel et 16 juin à distance). Le Workshop a montré que l’audience était demandeuse de cette nouvelle démarche et était enthousiaste. Les 2 ateliers ont réuni 20 doctorants, maîtres de conférences et professeurs titulaires, ce qui est un succès car nous les avons créés à partir de rien. Les participants ont été actifs pendant ces différents moments (Workshop et des 2 ateliers). Chaque participant était invité à apporter sa théorie préférée et nous avons collaboré en petits groupes pour les modéliser ensemble. Nous avons pu constater que la réception dépassait même nos attentes: nous avons été surpris par la motivation et la facilité avec lesquelles certains collègues s'approprient notre démarche. 

Ce workshop a réuni des équipes du LMF, du LISN, du Centre Borelli, du CIAMS et du CQSB. En quoi le soutien du DIM AI4IDF a-t-il agi comme un catalyseur pour fédérer ces forces franciliennes et imposer la région comme point focal de cette nouvelle interface scientifique ? (En notant que vous êtes situés sur le Plateau de Saclay).

Le soutien du DIM AI4IDF a été décisif car nous avons pu offrir le Workshop et les ateliers de pratique, y compris les repas à tous les participants et inviter les speakers qui venaient de loin. Cela nous a permis de nous concentrer sur les aspects scientifiques et de ne pas avoir à gérer les aspects financiers.

 

 

Interview réalisée par Khaled Benaida